dimanche 21 octobre 2007

Rendez-vous près du tout à l'égoût

Notre rencontre était fortuite. Comme un bon vieux cliché mis en scène des milliers de fois. Un clash comme ça en pleine rue, moi qui marche trop vite, lui qui ne fait pas attention. J'ai bien évidemment râlé en ramassant mes affaires (qu'il ne m'a pas aidée à ramasser, alors qu'ayant vu faire ça des dizaines de fois dans les films j'aurais cru qu'il le ferait). Quand je me suis relevée pour repartir, il n'avait pas bougé. Les yeux rivés sur moi. J'ai essayer de l'ignorer et de repartir sans faire attention à lui mais il m'a retenue par le bras - et mon classeur s'est encore cassé la gueule, les feuilles éparpillées sur le pavé mouillé. "Merde !"
Il n'a rien dit du tout, je me suis demandé s'il n'était pas idiot. Mais la force de son regard avait quelque chose de troublant. Il m'a empêchée de me pencher à nouveau. "Mais qu'est-ce que tu fais ?" Il m'a simplement répondu qu'il voulait m'emmener prendre un verre chez lui. J'ai haussé les épaules. Après tout, pourquoi pas. Je n'avais jamais été bien farouche.
Il a alors ramassé mon classeur, qu'il a gardé avec lui sur le chemin. Il ne disait rien de plus, m'observait en coin. Je commençais à être gênée, comme je le suis toujours avec les personnes qui ne semblent pas à l'aise elles non plus. Il a sorti des clefs devant un immeuble minable, délabré, jauni par les années. Evidemment, pas d'ascenceur, et nous avons monté en silence les quatre étages qui nous menaient à son appartement. Les escaliers ne sentaient pas l'urine, j'aurais pu tomber plus mal.
Arrivés chez lui, j'ai découvert un espace étonnamment lumineux et vide. Un canapé dans le salon, un lit dans la chambre, une table dans la cuisine. Rien d'autre. Quelques broutilles traînaient dans un frigo placide qui ronronnait comme un vieux chat. Il en a sorti une bouteille de cidre. Je l'ai regardé comme si je ne comprenais pas. "Tu m'invites pour boire du cidre chez toi ?" "Mais tu sais bien que ce n'est pas boire qui m'intéresse."
Quelle perversité dans la voix. J'ai bien cru que j'allais me mettre à poil tout de suite tant sa personnalité trouble m'excitait. J'ai siroté mon verre pendant qu'enfin, il se mettait à parler. A parler des nombreuses filles qu'il avait ramenées chez lui, de son addiction au sexe. Plus il parlait, moins j'avais envie de lui. Je l'écoutais, un peu moqueuse face à ce discours de cynique baiseur qui avoue son vice face à sa prochaine victime. Il ne comprenait peut-être pas que j'étais meilleure que lui dans ce domaine.
Il s'est alors levé et m'a tirée par la manche vers son lit, dans la chambre. J'ai docilement enlevé mes vêtements un à un, pendant qu'il en faisait autant. Ca aurait pu sembler glauque pour un spectateur qui aurait assisté à la scène, de nous voir tous les deux le dos tourné, de notre côté du lit, nous préparant pour une partie de jambes en l'air, mais nous étions bien conscients de tout ça. Il m'a vaguement embrassée une fois que j'étais nue, assez mal et violemment, comme s'il était pressé d'en finir. Je commençais à me douter que cette baise ne serait vraiment pas bonne.
Je l'ai rapidement sucé, le plus mal possible ; il m'a rendu la pareille sans y mettre beaucoup de coeur lui non plus. Et puis il m'a mise sur le ventre pour me prendre en levrette, sans que cela me fasse le moindre effet. L'excitation était toute retombée, sans doute simulait-il trop sa sexualité débridée pour que cela m'atteigne.
Je n'ai même pas joui ; il a éjaculé péniblement entre mes cuisses. Je suis allée m'essuyer, j'ai remis mes fringues, et j'ai fait ce que j'avais toujours rêvé de faire : j'ai sorti mon portefeuille et lui ai balancé un billet de 50 euros. Il m'a regardée, médusé : "C'est quoi ce pognon ?" - mais son regard signifiait qu'il comprenait très bien à quoi je jouais. J'ai souri et lui ai répondu : "J'ai toujours voulu qu'un mec sache ce que ça fait que d'être humilié comme ça."
Je suis sortie, le coeur léger. J'avais vraiment envie de baiser.

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